Paroles du Maître Santonnier Filippi



Chaque année, bien avant la Noël, dans les familles provenšales qui ont conservé les traditions et la foi des anciens, on parle de faire la crèche. C'est ainsi, en effet, dans les régions de Marseille et de Toulon, que nous appelons cette na´ve représentation de la Nativité : en terroir d'Arles on dit : "lou Belèn", et en pays Nissart : "lou Presèpi".


Mais cette tradition charmante a dépassé son cadre originel et nombreux sont ceux qui, hors de Provence, l'ont adopté à leur tour... et bien souvent, sont embarrassés lorsqu'il s'agit de faire la crèche. Voici à leur intention, quelques conseils, quelques commentaires qui ne leur seront point inutiles, sur l'histoire, la construction, l'esprit et le cadre de nos crèches provenšales.


C'est, dit-on, Saint Franšois d'Assises, provenšal par sa mère, qui, le 24 décembre 1223, aurait imaginé, pour fêter Noël, dans son oratoire des Abruzzes, une crèche où figuraient seulement les trois personnages bibliques, l'âne et le bœuf. Les moines franciscains, dans leurs nouveaux couvents de Provence, installèrent dans leur chapelle, pour la période de l'Avent, des crèches semblables à celles de leur pays. Les églises firent de même et, bien plus tard, les particuliers adoptèrent de même cette coutume. Mais qui eut, le premier, l'idée de modeler dans l'argile les santons qui, au début, étaient des mannequins de bois ou de cire revêtus d'étoffes ?


On en discute encore, mais la présence de nombreuses poteries dans la région marseillaise laisse à penser que les potiers sont à l'origine de cette transformation. C'étaient de petites gens qui prirent modèle dans leur entourage -- berger, paysan, artisan... De là l'absence de tout personnage important de la noblesse ou de la bourgeoisie, dans un art simple et dépouillé.


La dimension de 3 cm et 1,5 cm que nous avons adoptée, étudiée soigneusement d'après les types traditionnels, dans le geste, l'attitude, le caractère, le costume et le coloris, et discrètement modernisés, nous a permis de créer à l'échelle un ensemble de pièces, puits, maisons et groupes de maisons, ponts, dont l'ensemble représente Bethléem, qui ne saurait être pour nous, Provenšaux, autre chose qu'un de ces humbles villages du terroir souvent montagneux d'entre mer, Alpes et Rhône.


Mais, me direz-vous, comment reconstituer ces terrains accidentés ? C'est bien facile, si vous avez un peu de temps, d'habilité et de goût. D'abord, les dimensions du meuble sur lequel vous poserez (table, commode ou buffet) commanderont l'étendue de votre crèche. Quelques planches sur lesquelles vous poserez quelques boîtes en bois (le tout maintenu par quelques clous), vous construirez comme un petit amphithéâtre en gradins, beaucoup plus haut d'un côté, en réservant un creux pour le torrent et un assez large espace plat au premier plan.


Recouvrez le tout avec du papier d'emballage gris ou brun, mouillé au préalable, pour qu'il s'adapte aux creux et aux bosses : il va se raidir en séchant et tout cet ensemble deviendra comme une montagnette de restanques.


Dans le creux réservé au torrent, du papier argenté ou de la gouache blanche vous imiteront à souhait l'eau tumultueuse, tandis que de la mousse sèche, de la sciure et quelques cailloux vous permettront d'imiter les chemins rocailleux.


Sur un grand carton de la longueur de votre crèche et la dépassant en hauteur de 30 à 40 cm, vous peindrez ou vous collerez du papier bleu foncé. Voici votre fond.


Votre monture (ou, si vous préférez, votre paysage en relief) est terminé, et le mois de décembre touche à sa fin : c'est la veille de Noël et, tandis que se prépare le gros souper, il faut monter sa crèche, l'habiller, pourrait-on dire.


Sur le rocher le plus haut, posez le moulin ; puis, sur les gradins successifs, le village, le clocher, le portique ; sur cette restanque, le pigeonnier ; sur cette autre, le puits ; au bord du chemin, l'oratoire ; le pont enjambera le torrent ; sur la placette, la fontaine ; et, pour terminer, suivant le côté choisi, à droite généralement, et au premier plan, vous poserez l'étable et sa maison accolée.


Et nous voici arrivés au moment le plus délicieux, le plus émouvant : nous allons donner la vie à notre crèche.


Nous commencerons, si vous le voulez bien, par les bergers et leurs troupeaux, que nous poserons dans le fond, disséminés sur les collines car c'est à eux d'abord que l'ange est venu annoncer la grande nouvelle ; ils se consultent, ils décident de partir, les agneaux derniers-nés dans leurs bras ou sur leurs épaules, les chiens gardant les troupeaux. Ils rencontrent en chemin la vieille au fagot, le chasseur qu'ils emmènent, mais de jeunes bergers, lestes et vifs, ont pris les devants et sont allés annoncer la nouvelle, qui dans les bastides, qui de porte en porte à tout le village proche. Et de tous côtés arrivent des gens : les uns ont conservé leurs habits de travail, d'autres ont pris soin de faire un brin de toilette ; Monsieur le Maire n'a pas oublié son écharpe. On va voir une nouvelle accouchée et, selon la coutume, chacun, selon ses moyens ou sa profession, apporte son présent, et tout ce peuple dévalant collines et restanques se dirige vers l'entrée du village, à l'auberge de Bertoumièu, où, dans l'étable, la vieille, l'aubergiste a bien voulu laisser se reposer Joseph et Marie.


Mais, déjà, les plus curieux entourent l'étable qu'une étoile éclaire d'une douce clarté.


Bartoumièu ne s'est pas pour cela séparé de son fanal, et les premiers à genoux, les autres penchés et pressés contemplent et adorent celui qui apporte au Monde, aux hommes de bonne volonté, son message de Paix et d'Amour.



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